La « mémoire de l’obésité » : pourquoi votre corps combat vos résolutions
- Debra Marsh

- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
C’est le rituel immuable de janvier : les abonnements à la salle de sport explosent, « l'alimentation saine » se traduit par des repas restrictifs, et l’attention collective se braque sur la balance. Pourtant, si l’on vous a fait croire que la perte de poids n’est qu’une simple équation mathématique ou une question de force morale, la science a un message pour vous : votre biologie parle plus fort que votre volonté.
Une récente revue de littérature publiée dans la revue Cell par le professeur Christoffer Clemmensen et Valdemar Brimnes Ingemann Johansen de l'Université de Copenhague confirme ce que de nombreux naturopathes observent depuis longtemps : l'exercice est un remède miracle pour la santé, mais un outil médiocre pour la perte de poids. Pour comprendre pourquoi le mantra « manger moins, bouger plus » échoue, nous devons nous pencher sur la mémoire métabolique.
Le mythe du déficit calorique
En naturopathie, nous considérons le corps comme un système intelligent et autorégulateur. Bien que les lois de la thermodynamique soient techniquement exactes, elles sont souvent inutiles en pratique clinique. Dire à quelqu'un de simplement maintenir un déficit calorique revient à dire à une personne souffrant d'anxiété chronique de « se détendre ». Cela ignore les forces biologiques viscérales — hormones de la faim, pics de glycémie et récompenses neurochimiques — qui dictent nos comportements.
Pourquoi votre corps « se souvient » de son poids
L'étude introduit un concept aussi fascinant que frustrant : la mémoire de l'obésité. D'un point de vue évolutif, nos corps sont programmés pour la survie. Pour nos ancêtres, la graisse était une réserve d'énergie vitale contre la famine. Lorsque nous perdons du poids rapidement, notre cerveau primitif perçoit une « menace ». En réponse, il déclenche une cascade de défenses physiologiques :
Inondation hormonale : Une augmentation de la ghréline (faim) et une diminution de la leptine (satiété).
Freinage métabolique : Une réduction du métabolisme de base pour conserver l'énergie.
L’effet « ressort » : Une pulsion biologique à revenir au poids le plus élevé atteint précédemment (le set point).
Votre corps ne vous trahit pas ; il essaie de vous sauver d'une famine qui n'existe pas.
Un nouveau regard naturopathique
Si la volonté n'est pas la solution, comment trouver l'équilibre ? Nous pouvons influencer l’interaction entre nos gènes et notre environnement :
Harmonie hormonale vs comptage de calories : 100 calories de sucre liquide et 100 calories de blanc de poulet ont des impacts hormonaux radicalement différents. Nous privilégions la qualité pour stabiliser la glycémie et signaler la sécurité au cerveau.
Respecter les « fenêtres critiques » : Notre métabolisme est plus malléable pendant l'enfance et la puberté. Cela renforce l'importance d'une santé fondamentale dès le plus jeune âge pour éviter que la mémoire de l'obésité ne s'inscrive durablement.
Le rôle de l'environnement : La véritable gestion du poids dépend de la conception de l'environnement. Un sommeil de qualité et la régulation du système nerveux (gestion du cortisol) sont non négociables.
Vers l’avenir : effacer la mémoire ?
La recherche se concentre désormais sur la manière dont nous pourrions « réinitialiser » cette mémoire. En attendant, la leçon à tirer est celle d'une autocompassion radicale.
Si vous avez du mal à stabiliser votre perte de poids, ce n'est pas un défaut de caractère. C'est un système biologique sophistiqué qui fait exactement ce pour quoi il a été conçu. Au lieu de combattre votre corps, essayez de collaborer avec lui. Concentrez-vous sur la réduction de l'inflammation et nourrissez votre microbiome.
L'objectif n'est pas seulement de perdre du poids ; c'est de créer un corps qui se sent suffisamment en sécurité pour le laisser partir.
Biographie et Références
Professeur Christoffer Clemmensen, PhD Professeur associé au Novo Nordisk Foundation Center for Basic Metabolic Research (CBMR) de l'Université de Copenhague. Expert en contrôle neuroendocrinien de l'appétit.
Valdemar Brimnes Ingemann Johansen Chercheur à l'Université de Copenhague, spécialisé en santé métabolique et mécanismes de la dépense énergétique.
Référence : Clemmensen, C., & Johansen, V. B. I. (2024). "Obesity memory and the challenges of weight loss maintenance." Cell / Trends in Endocrinology & Metabolism.


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